ISMAEL/ISAAC ET LA NAISSANCE DE L'ISLAM DANS LA BIBLE?

Une exégèse de Genèse 17.15-27


INTRODUCTION ET METHODE HERMENEUTIQUE


Parmi les textes dont nous avons à débattre régulièrement avec nos interlocuteurs et contradicteurs musulmans, le texte de Genèse 17.15-27, sur le Fils de l’alliance et la circoncision d’Ismaël tient une place centrale. L’apologète de conviction évangélique ne peut faire l’impasse sur ce passage, intensément commenté et dont les enjeux résonnent jusqu’à nos jours. Notre objectif sera de dégager le sens de ce texte tant pour les auditeurs de l’époque, dans la mesure de nos possibilités, que pour le lecteur contemporain. Nous le ferons en appliquant une herméneutique proprement évangélique qui est, de notre point de vue, la mieux à même de conduire à l’exégèse la plus juste. Avant de rappeler les caractéristiques constitutives d’une telle herméneutique, il convient de dire que l’étude de ce texte n’est pas uniquement d’ordre apologétique, mais aussi homilétique et pratique. Rien ne serait plus inutile à notre sens qu’un exposé savant mais sans saveur, technique, mais sans affectivité, construit, mais non-constructif, bref, un exposé rendu depuis les sommets de la raison froide et dépassionnée qui n’a plus vocation à susciter la foi chez le lecteur. Il n’est évidemment pas question que la passion dicte nos choix interprétatifs, mais plutôt que la passion pour l’humanité contenu dans ce texte tel que ses auteurs l’ont souhaité, ne soit pas passé sous silence pour des raisons faussement scientifiques. Une éthique Coram deo est donc de mise pour véritable herméneutique [1]. Le sens tout entier doit être conservé et transmis et ne doit pas être inféodée aux considérations les plus sceptiques, comme si le scepticisme était en soi gage de vérité. Non ! L’approche critique, c’est-à-dire sérieuse lorsqu’elle n’est pas excessive, peut mettre à jour des enseignements dont la valeur est considérable pour tout homme, mais elle peut s’avérer infructueuse quand elle n’est plus que spéculation détachée du texte. Nous plaidons donc en faveur d’une herméneutique évangélique qui donne au texte biblique une place centrale. Une telle herméneutique cherche de toute sa force à communiquer le plus fidèlement possible l’intention des auteurs, humains et divin, selon le principe de la « double agence[2] ». Nous tenterons de replacer ce texte dans le cadre général de la révélation biblique qui suit le schéma, création-chute-rédemption. Tel le courant électrique qui se diffuse dans les millions de câbles alimentant des grandes cités du monde et dont le scintillement se voit depuis l’espace, nous croyons que l’Esprit Saint parcours toute l’Écriture qu’il en inspire les auteurs humains jusque dans l’agencement des lettres. Cette Parole divine en tout et en partie donne à connaître la lumière et la chaleur vivifiante du Seigneur. C’est donc avec le présupposée assumé de la foi, telle que le réclame ce texte, que nous chercherons à le comprendre. « Le témoignage d’exégètes qui ont longtemps pratiqué la méthode historico-critique avant d’en exprimer leur insatisfaction devant ses limites patentes : Eta Linnemann, Brevard S. Childs et Walter Brueggemann »[3] et plus fréquement encore Daniel Marguerat[4], nous conduiront à pratiquer avec parcimonie les méthodologies d’interprétation menant à atomiser le texte par des hypothèses toujours plus spéculatives telle que le fait la théorie documentaire[5]. L’individu et l’église ont trop de valeur pour que la parole du créateur leur soit rendue comme un objet en pièce détaché, là où elle se présente dans sa cohérence. Le texte de Genèse 17.15-27 sera donc abordé comme Parole divine et humaine tout à la fois. Parole remplie de sens et compréhensible avec l’aide de Dieu ! Nous tenterons de rendre compte de ce texte à la lumière de l’herméneute le plus autorisé par la bible à savoir Jésus-Christ lui-même et dans son sillage, les apôtres qu’il envoya au monde pour enseigner (Mt 20.28). Cette méthodologie herméneutique sous-entend que nous faisons nôtre, la conception très élevée du texte biblique qu’avait Jésus. Un texte comme Luc 24.45-47 révèle que Jésus soutenait les principes fondateurs : 1) de l’Inhérence de l’Écriture, 2) de sa Clarté, 3) de sa Suffisance, 4) de sa Nécessité et à fortiori 5) de l’Inspiration de tout le texte biblique (2 Tim 3.16). Dans la ligne des réformateurs nous insistons donc sur une herméneutique qui fait sienne le principe du sola scriptura, principe qui ne doit pas être compris comme l’évacuation de toute tradition interprétative, que nous mobiliseront nous-même dans l'analyse, mais qui nous enjoint à tenir la Parole de Dieu comme norme finale, pour la foi et la pratique, mais aussi pour l’interprétation du texte lui-même. Ceci nous obligera alors à saisir le texte en référence à son genre littéraire propre, précisément ici, le récit historique. Cela nous obligera aussi à interpréter ce texte en contexte, celui du livre de Genèse et à le lire selon le principe d’« analogie de la foi » (Rom. 12.6). Nous chercherons les indices qui dans le texte nous conduisent à découvrir le projet littéraire de l’auteur humain et le projet spirituel de l'auteur divin. Nous croyons que la survenue de « l’événement Jésus-Christ » permet d’accéder pour le cas de ce passage particulier à un sensus plenior[6] qui s’exprime notamment par le langage typologique employé par Paul dans ses épîtres. À l’écoute de ce texte selon ces principes, nous en découvrirons des richesses susceptibles de nous porter jusque dans l’allégresse.

Pour rendre compte de notre analyse, nous proposerons de suivre les trois niveaux de récit tels qu’ils sont formulés par Gordon Fee dans l’ouvrage « un nouveau regard sur la bible». Cette triple trame à l’avantage de permettre un regard qui « zoom » et « dé zoom » sur un évènement fondamental du panorama biblique et qui le place comme l’un des « sites exceptionnels » sur la carte générale » de l’histoire du salut. Nous commencerons par réduire la focale et ouvrir grand angle sur l’histoire générale de la rédemption et des alliances, (niveau 1). Nous ferons ensuite un zoom progressif sur le peuple hébreu et la destinée des deux Fils (niveau 2 et 3) pour répondre aux contradicteurs musulmans. Ainsi, notre exégèse sera aussi « l’œuvre d’un évangéliste ». Nous conclurons en nous plaçant au pied du Christ pour l’écouter « révéler » le sens final de ce texte dans la pellicule de l’Histoire, lui qui d’un seul regard embrasse toutes les époques.


GRAND ANGLE : REPLACER GENESE 17.15-27 DANS L’HISTOIRE DE LA REDEMPTION


Gordon Fee affirme que l’histoire est racontée en trois niveaux :

Le niveau supérieur est celui du plan universel de Dieu mis en œuvre dans Sa création. À ce niveau supérieur les aspects clés de l’intrigue sont la création initiale, la chute de l’humanité, le pouvoir et l’ubiquité du péché, le besoin de rédemption ainsi que l’incarnation et le sacrifice de Christ.

Les aspects clés du niveau moyen se concentrent sur Israël, l’appel d’Abraham, l’établissement d’une lignée abrahamique au travers les patriarches, l’esclavage d’Israël en Égypte, la délivrance divine de cet esclavage et la conquête du pays promis de Canaan, les péchés multipliés d’Israël et sa déloyauté croissante, la protection patiente de Dieu et ses appels réitérés, la destruction ultime du royaume du nord, puis de Judas, et la restauration du peuple saint après l’exil.

Puis nous avons le niveau inférieur où se trouvent rassemblés les centaines de récits individuels qui composent les autres niveaux.[7]

Les seize chapitres qui séparent le béréchit de Genèse 1.1 de notre texte sont riches de nombreux récits appartenant aux deux niveaux inférieurs et ont pour trait d’union l’institution de l'alliance entre Dieu et l’homme. Comme l’explique Owen Palmer Robertson cette institution peut se définir comme « un lien de sang souverainement administré[8]» que Dieu initie pour la rédemption du monde et qui manifeste sa fidélité, au-delà du mal, envers les hommes qu’il se choisit. Pour Owen Palmer Robertson ce fut une « alliance du commencement [9]» avec Adam. Cette alliance est marquée par le sang d’une bête qui coula pour que la peau d'un animal précieux couvrit la nudité d’Adam et d’Ève, ou plutôt leur honte. Ce fut le premier sacrifice pré-rédempteur de l’Histoire. Il est ensuite question de l’offrande d’Abel qui donna l’un des premiers-nés de son troupeau à l'Éternel qui « porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande » (Gn 4.4) alors qu'il « ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande » (Gn 4.5). Abel semblait alors comprendre bien mieux que son frère ce que le cœur de Dieu réclame aux hommes nés d'Adam. Le don d’un animal vivant, offert par le cadet – expression typologique de l'offrande du Fils premier né, que l’on retrouve développé pour Isaac en Genèse 22.2 et pleinement réalisé en Christ (Jean 1.29 ; 3.16) – n’est pas de même valeur que celui des fruits de la terre chez l'aîné. La faveur de Dieu sur Abel et son offrande poussera Caïn à la jalousie jusqu’au fratricide. Lorsque Jésus dit aux pharisiens qui se réclament d'Abraham, qu'ils ont « pour Père le diable » parce que « menteurs » et « meurtriers » (Jean 8.44), ils ne saisissent pas que leur désir de le mettre à mort est exactement celui de Caïn face à Abel et que leurs mensonges par lesquels ils font condamner Christ rejoint le mensonge du frère aîné déclarant ne pas être le gardien de son frère (Gn 4.9). Là se joue un acte majeur et lourd de sens dans la trame de la Genèse, largement ignoré par les polémistes musulmans et qui expliquent en partie l'inconsistance de leur exégèse du reste de l’histoire. En effet ce qui arrive à la première famille, trouve ses ramifications dans toutes l’histoire de l’humanité et plus précisément dans le livre de la Genèse qui joue et rejoue comme un refrain l’opposition fondamentale entre deux frères d’une même fratrie dont l’ainé dominateur n’est pas admis dans l’alliance, alors que le cadet en est le récipiendaire et le canal privilégié. Les deux fratries vivent, comme des opposés, l’un étant le négatif de l’autre en vertu d’une parole primordiale que l’œcuménisme moderne dans une fausse amicalité tente de faire oublier : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon », l’inimitié a une racine et produit l'histoire de deux royaumes qui s’opposent spirituellement et dont le fratricide malheureux marque l’origine. De tels royaumes ont leurs héros et leurs contre héros, leur Dieu et leurs faux dieux, leurs anges et leurs démons, leurs prophètes et leurs faux prophètes, le Christ et son antéchrist, leurs vraie et leurs fausses doctrines, l'Évangile et ses imitations frauduleuses. Tel est le lien intime entre Caïn, Ismaël et Ésaü, et symétriquement entre Abel, Isaac et Jacob, racine de peuples qui s'opposeront toujours plus et dont la symétrie, dans sa signification, échappe à tant de commentateurs, en particulier musulmans. Caïn est le premier acteur de l’inimitié entre la descendance du diable et celle d’Ève puisqu’en tuant son frère il met à mort celui dont l’offrande vivante fut agréée. Il entâmes dans la création l’irruption de la mort de l’innocent, lui qui n’a pas marché selon le commandement de l’Éternel (Gn 4 :7), mais selon ses passions tel son Père Adam. Nous en sommes tous héritier en quelque sorte… Après l'alliance de commencements, viendra « l’alliance de préservation du monde [10]» avec Noé, alliance dont nous bénéficions tous encore aujourd’hui (Gn 9.8-17) mais qui dût à nouveau passer par la mort purificatrice d’une humanité pécheresse engloutie dans les eaux du déluge (Gn 7.21-24). Noé, épargné avec sa famille, passant au travers les eux par l’effet de la grâce de Dieu, fait monter sa louange à l’Éternel une fois revenue sur la terre ferme. Il use à cet effet du sacrifice « de toutes les bêtes pures et de tous les oiseaux purs, et il offrit des holocaustes sur l'autel » (Gn 8.20), le sacrifice d'action de grâce se substituant au châtiment. La pureté des animaux, elle aussi typologique de l'impeccabilité du Fils sans péché, est à relever. C’est dans ce cadre que Dieu passe avec Abraham une « alliance de promesse et de grâce [11]». Cette alliance ouvre une série de promesses qui ont toujours été comprises par les chrétiens comme devant se réaliser en Christ. Cette alliance est encore marquée par le sang, notamment celui des animaux découpés par Abarm en Genèse 15 puis par celui de la circoncision, qui est l'objet de notre texte pour toute la maison d'Abraham. Depuis le départ passer alliance en hébreu, c'est « couper alliance » כָּרַ֧ת בְּרִ֣י (Gn 15.18). Cette lignée abrahamique passant par Isaac était celle par qui le messie devait venir. Elle devait mettre fin au règne du serpent ancien, par le truchement du Fils d'Ève qui devait lui écraser la tête tout en étant blessé au talon. Ce protevangelium de Genèse 3.15, décrit alors, nous le croyons, la défaite du diable à travers les souffrances de Christ[12]. Irénée de Lyon le disait déjà avec vigueur : « C’est pourquoi Dieu a mis une inimitié entre le serpent d’une part, et la femme avec sa postérité destinée d’avance à fouler aux pieds la tête du serpent, c’est-à-dire le fruit de l’enfantement de Marie. » (C.E III.23,7 voir aussi IV.40,3 et V.21,1)

L'identification de cette lignée est le cœur de notre texte et possède une dimension apologétique importante.  Nous y revenons tout de suite. Mais il est éclairant de dire d'abord qu'après cette alliance abrahamique, viendra « l’alliance de la loi [13]» avec Moïse, elle aussi marquée par le sang des holocaustes. Vient alors « l’alliance du royaume [14]» avec David, qui tout en gardant les sacrifices de la période mosaïque, les associe à la royauté ultime préfigurant le roi et messie rédempteur d'Israël : Jésus-Christ. Notre texte se situe donc dans la grande histoire du salut, au tournant d’une dispensation nouvelle, une dispensation faite de promesse et de grâce marquée par le signe de la circoncision (nous ne parlons pas ici le langage dispensationaliste pour autant). Cette alliance suscite de nombreux questionnements pour les héritiers de la foi d’Abraham que nous sommes et dont les juifs et les musulmans qui ont conservé le signe dans la chair de leurs fils, se réclament aussi. Il y déjà ici pour différence notable entre ces traditions religieuses, la négation de l'accomplissement du principe d'alliance dans l'acte rédempteur de Jésus mourant à la croix pour le péché du monde. Pour les juifs car celui qui est pendu est maudit (Dt 23.21), pour les musulmans parce qu'un autre aurait pris sa place (Sourate 4.157 et Tafsîr d’Ibn Kathîr[15]). Pourtant le sang est bel et bien au travers les siècles la marque distinctive du « coupage d’alliance », que Jésus confirme dans le don de sa vie : « car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés. » (Mt 26.28).

Moïse à qui on attribut traditionnellement le texte de la Genèse ne pouvait certainement pas être uniquement le porteur de l’alliance de Dieu. En rédigeant la Genèse, il insérait l’alliance de la loi qui faisait du rituel d’expiation un pilier de la pratique religieuse, dans le récit plus général de la rédemption de sorte que « l’alliance de la promesse » avec ses bénédictions précédait celle de la loi avec ses contraintes. Il la situe dans une histoire qui ouvre un horizon large et qui promet au peuple d’Abraham d’Isaac et de Jacob une destinée glorieuse. Une telle perspective devait susciter la foi et la persévérance pour un peuple en proie à de nombreuses mésaventures. Elle est aujourd’hui pour nous aussi pleine d’espérance. Oui ! Quelle espérance pour le croyant de savoir que Dieu accomplit, à travers les époques, toutes ses promesses et que son désir de sauver son peuple jamais ne put lui être ôté. Nul prédicateur de l’Évangile, ne devrait détourner un seul instant son regard du Dieu de l’alliance, car par le sang de Christ nous pouvons nous tenir Coram Deo sans craindre pour notre destinée Éternel. Évangile !

Pour bien comprendre ce texte il nous fallait donc le replacer dans l'histoire des alliances que Dieu a établi avec son peuple. Nous verrons en resserrant l'objectif que cette histoire s'éclaircit d'autant mieux que l'on en perçoit les détails.


FOCUS : QUI EST LE PEUPLE DE L’ALLIANCE ? ZOOM SUR ISAAC ET ISMAEL.


En une phrase, nous résumerons l'idée qui nous paraît la plus saillante dans le texte étudié : Dieu donnera un Fils à Abraham à travers sa femme Sarah avec qui il établira son alliance perpétuelle. Nous sommes ici au niveau intermédiaire du récit, celui qui concerne non pas encore Israël comme peuple, mais le peuple hébreu dont le nom est issu de son patriarche. Ce peuple est celui avec qui, de manière perpétuelle, Dieu passera son alliance.

Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi (Gn 12. 3-3). 

C'est à la suite d'une telle promesse que l'Éternel est tant de fois appelé le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Cette promesse possède à l’évidence une portée universelle de sorte que, si le salut vient des juifs (Jn 4.22) il ne semble pouvoir demeurer restreint aux peuples qui sortiront des seules entrailles d'Abraham. Tous les descendants de Noé semblent concernés. Mais tous les interprètent ne sont pas d'accord sur les détails. C'est alors que se joue la question qui nous intéresse particulièrement. Qui devait précisément être le peuple de l'Alliance ? Nous devons nous demander :  Est-ce l'Israël « selon la chair » seulement (1 Cor 10.18) ? Est-ce la lignée d’Ismaël qui reçut une promesse et une bénédiction ? Quels sont les descendants d'Abraham concernés ? Sur quels critères devait être établi le peuple de Dieu ? Une exégèse juste du passage permet d'élucider dans une large partie la question qui anime le débat millénaire entre juifs, chrétiens et musulmans. Ceci nous pousse donc à regarder le texte selon les principes herméneutiques décrits en introduction. 



Enjeux dans le dialogue islamo-chrétien

En 2018, l'apologète musulman Karim Al Hanifi déclarait lors d’un débat public, que le prophète Mohammed était annoncé dans la bible et notamment dans notre texte en Genèse 17.20[16]. Voici en substance son argument. Abraham avait huit fils dont deux, Isaac et Ismaël, ayant reçu un traitement spécial. Ismaël devait engendrer douze princes et devenir une grande nation. Le polémiste insiste sur le fait que l'expression « grande nation » (לְגֹ֥וי גָּדֹֽול) attribuée à Ismaël aussi en 21.18 ne peut s'appliquer aux douze peuples issus d'Ismaël en Genèse 25.16 comme on le dit habituellement, puisque l'expression grande nation s'applique à des peuples largement plus grands dans la bible. La question posée aux chrétiens et celle-ci. « Où historiquement et bibliquement cette promesse s'est-elle réalisée ? » Pour l’apologète, de nombreuses autorités juives ont reconnu que la promesse de Genèse 17 : 20 trouva son l'accomplissement avec l'avènement de l'Islam. À cela s'ajoute le système de la guématria, qui au moyen des valeurs numériques associées à chaque lettre de l’alphabet hébreu trouve des sens cachés. Ce Système par lequel de nombreux juifs au 11e siècle seraient sortis du judaïsme pour embrasser l'islam est à ses yeux un bon outil d’herméneutique. En effet la guématria dit le polémiste, leur permit de découvrir le nom de Mohammed dans ce verset comme le soutien le Coran (Sourate 7.157 et 61.6) annonçant pour qui sait comprendre les signes, la venue de la grande nation islamique. En hébreu l’expression בִּמְאֹ֣ד מְאֹ֑ד (énormément) contenu dans le verset de Genèse 17.20 est égale à 92 alors qu'en hébreu, le nom de Mohammed donne 92[17]. De même dans le même verset l'expression לְג֥וֹי' גָּדֽוֹל (grande nation) fait aussi 92. Ceci s'accorde pour le polémiste avec le fait qu’historiquement le prophète Mohamed est sorti d’Ismaël pour donner naissance à la Oumma Islamiyya (communauté musulmane). Le polémiste prenait alors en exemple les propos de Gamaliel déclarant : « Si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle se détruira ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. Ne courez pas le risque d'avoir combattu contre Dieu. » (Actes 5.39) L’islam étant encore dynamique et en croissance de nos jours, il ne faudrait pas douter de son origine divine. À ceci le polémistes ajoutait l'idée que les textes de Matthieu 21.43 « C'est pourquoi, je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits » et de Romains 11.21 « car si Dieu n'a pas épargné les branches naturelles, il ne t'épargnera pas non plus », soutiennent l'idée que le christianisme s'étant « vautré dans le polythéisme trinitaire » a été supplanté par l'islam. Dit autrement, Karim Al Hanifi soutenait à partir de la Bible que les musulmans sont le nouveau peuple de l'alliance issue d'Ismaël. Un peuple universel dont la permanence serait la preuve de son origine divine.


Contextualiser pour répondre

L'enjeu ici n'est pas de répondre en détail à toutes les erreurs sur lesquelles l’argumentation sus citée repose, notamment à propos de l’usage impropre des textes du Nouveau Testament, mais de proposer une interprétation de notre passage de Genèse 15 en contexte ce qui produira de facto une réponse à l'argumentaire de la da'wa islamya. Nous l'avons dit, les polémistes ont tendance à oublier le contexte du livre de la Genèse. Penser qu'un peuple qui croît et demeure prospère est en soi une preuve de la volonté de Dieu nous convient. Dieu est souverain sur toute chose et l'histoire donna raison à Gamaliel ! En revanche affirmer qu'une telle croissance fut synonyme d'alliance ou qu’elle fut préparatoire pour l'être plus tard, relève de la naïveté et disons-le tout net, de l'incompétence. Rappelons-nous que Caïn tua Abel et fut contraint de vivre à l'orient d'Éden (4.16) en craignant pour sa vie (4.14). Pourtant, Dieu entendit la plainte du meurtrier et se porta garant de sa survie (4.15) et par voie de conséquence, de sa postérité (4.17-24). Jamais une alliance n’est dite être passée avec lui pour autant. De même lorsque Agar et Ismaël furent renvoyés sur le conseil de Dieu par Abraham, Dieu entendît la plainte d'Agar au désert, lui sauva la vie et celle de l'enfant (21.16-17) qui devait devenir une grande nation. Les parallèles sont frappants :

-Ismaël : « Dieu fut avec l'enfant, qui grandit, habita dans le désert, et devint tireur d'arc. Il habita dans le désert de Paran, et sa mère lui prit une femme du pays d'Égypte. »

-Caïn : « L'Éternel lui dit : Si quelqu'un tuait Caïn, Caïn serait vengé sept fois. Et l'Éternel mit un signe sur Caïn pour que quiconque le trouverait ne le tuât point. Puis, Caïn s'éloigna de la face de l'Éternel, et habita dans la terre de Nod, à l'orient d'Éden. Caïn connut sa femme ; elle conçut, et enfanta Hénoc. »

Il y a dans les deux cas : 1) préservation de la vie de l’expatrié 2) enfantement d'une lignée 3) éloignement géographique en milieu désertique 4) mariage avec une femme venant d’ailleurs. Comme Caïn, Ismaël devait avoir sa destinée propre faite d'opposition. « Il sera comme un âne sauvage ; sa main sera contre tous, et la main de tous sera contre lui ; et il habitera en face de tous ses frères » (16.12). 

Notre passage ne confond donc pas la bénédiction de croissance donnée à Ismaël et Caïn et la bénédiction d'alliance donnée à Isaac. Cette bénédiction d’alliance fut semble-t-il donnée à Seth qui remplaça Abel et qui engendra la lignée par laquelle la réconciliation avec Dieu devait venir au temps d’Hénoc (4.26) et d'où le Christ lui-même est issu selon la généalogie de Luc 3. Être une « grande nation » annoncée par Dieu n'est pas alors gage de salut ou d'alliance. Le polémiste a raison de souligner que cette expression est bibliquement généralement associée à des peuples plus nombreux que les douze peuples issus d'Ismaël. Mais nous ne pouvons mettre de côté le fait que dans la bible les « grandes nations » en dehors d'Israël (issu d'Isaac) sont celles qui s'opposent au peuple de Dieu lorsque celui-ci poursuit la volonté de Dieu. Elles les empêchent d'entrer au pays promis (Josué 23.9), elles combattent cruellement dans leur rébellion la « fille de Sion » (Jr 6.23-30). Ces nations sont parfois utilisées par Dieu pour l’exercice de certains de ces jugements sans pour autant en faire la nation sainte (Jr 50-51).  Il serait malheureux d'éluder ces éléments de contexte qui donnent à voir combien l’interprétation musulmane prête le flanc à la critique. C’est tout le risque de l’eiségèse qui néglige le principe de tauta scriptura. En d’autres termes, il n'est pas besoin de renier que l'islam puisse être l'accomplissement de Genèse 17.20 pour s'opposer à sa légitimité. Il est tout à fait cohérent qu'un grand peuple activement opposé à l'Évangile provienne d'Ismaël et de ses descendants présentés plusieurs fois dans la bible comme s'opposant à Israël. C'est le cas des Ismaélites participants à la coalition des ennemis de Dieu voulant détruire Israël (Ps 83.7[18]) mais aussi des fils de l'orient associés à Madian et Amalek qui furent défaits par l'armée de Gédéon (Jg 6.33-7.25) et dont l'Éternel réclame la destruction en Jérémie 49.28. C'est le cas de Kédar qui fait le malheur du psalmiste (psaume 120.5), mais aussi des « Arabes » associés aux Philistins contre Israël et que Dieu combat en 2 Chroniques 26.7, ou encore dans la figure de « Guéschem l'Arabe » ennemi de Néhémie s'opposant à la reconstruction du temple. De toute évidence dans « l'inimitié » fratricide annoncée en Genèse 3, qui peut s’étendre à toute la lignée des fils d'Ève marchant par la foi et menant au messie, les Fils d'Ismaël ont souvent été du mauvais côté. Il se pourrait que la défiance de l’Islam à l’égard de l’évangile de Jésus-Christ ne soit que la suite d’une histoire plus ancienne dont les musulmans n’ont pas conscience. Le but n'est pas de stigmatiser un peuple comme étant intrinsèquement ennemi de Dieu, car tous le sont a priori depuis la chute, même Israël ce « peuple au coup raide » (Ex 32.9). Il n’est pas question d’essentialiser la question selon un racialisme moderne inconséquent,  mais plutôt de repérer si la continuité historique entre les descendants d'Ismaël et le peuple de l'islam est en soi un argument valable pour crédibiliser l’islam comme religion révélée par Dieu. Rien dans notre texte, lu dans son contexte, ne pousse à cette conclusion. À nouveau, bénédiction de croissance n’est pas bénédiction d’alliance ! Les alliances familiales entre Ismaël et d’Ésaü (Gn 28.9) qui combattait avec Jacob dès le ventre de sa mère, renforcent plutôt la thèse d’une lignée d’ainés, écartés de l’alliance, s’opposant aux cadets.


Une herméneutique progressive, systématique et selon l'analogie de la foi

Regardons verset par verset le sens que le texte dévoile pour en extraire les conclusions les plus justes au sujet du peuple de Dieu. Cela nous amènera à préciser le troisième niveau du récit en regardant spécifiquement quelques caractéristiques de la vie d’Abraham, de Sara, d’Agar et d’Ismaël.

« Dieu dit à Abraham : Tu ne donneras plus à Saraï, ta femme, le nom de Saraï; mais son nom sera Sara. » (v.15). Ce verset s'inscrit dans une tradition littéraire propre au livre de la Genèse qui place l'homme dans une chaîne d'autorité Dieu-homme-femme. De la même manière qu'Adam donne à Ève son nom (Gn 3.20), Abraham est missionné par Dieu pour changer le nom de sa femme. Souvent dans l’hébreu biblique, le nom donné essentialise un signifié qui détermine la caractéristique fondamentale de la destinée de l'individu qui le porte. Ève étant de fait la « mère des vivants » naturellement (3.20) mais aussi spirituellement en tant que mère du messie, auteur de la nouvelle naissance (Jean 4), devait s’appeler selon cette vocation. De même Saraï « ma princesse » devient Sara « princesse ». John MacArthur explique : « Puisque Saraï (ma princesse) serait l'ancêtre des Nations et des rois promis, il convenait que Dieu change son nom en Sara, c'est-à-dire princesse, sans la limitation qu'impliquait le "ma".[19] » Nous trouvons donc un lien étroit entre le nom de Sara et la promesse faite à Abram. Celui-ci avait reçu la promesse qu'il deviendrait une multitude de nations et Sara devait en être la source particulière, la mère. Ceci nous amène à la considérer comme la prolongatrice de la figure d'Ève mère de tous les vivants et la lignée par lequel le messie annoncé en Genèse 3.15 devait venir. C'est d'ailleurs ce que confirme le verset suivant :« Je la bénirai, et je te donnerai d'elle un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; des rois de peuples sortiront d'elle. » (v.16)

Sans aucun doute la croissance est, dans l'Ancien Testament, un signe de bénédiction. Il est à noter que de Sara ne devait pas sortir une seule nation qui pourrait être comprise aujourd'hui comme la nation juive au sens charnel, mais des nations, des rois de peuples. Ceci est étonnant d'autant plus que Sara n'eut pour enfant qu'Isaac. Quand Dieu change le nom de Saraï en Sara, il le fit en miroir avec le changement de nom d’Abram (le père est exalté) en Abraham (le père d'une multitude). Ce qui est dit à Abram « je te rendrai fécond à l'extrême, je ferai de toi des nations ; et des rois sortiront de toi. J'établirai mon alliance entre moi et toi et tes descendants après toi selon leur génération ce sera une alliance perpétuelle en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi » (Gn 17.6-7) est répété à Sarah et laisse plus qu’interrogatif sur l'inclusion des descendants d'Ismaël dans ces promesses. Abraham et Sarah sont donc tous deux placés en quelque sorte comme les nouveaux Adam et Ève d'où devait sortir un peuple particulier fait de nombreuses nations et de nombreux rois partageant la foi en un seul et même Dieu et en ses prescriptions. À la suite de ces promesses « Abraham tomba sur sa face ; il rit, et dit en son cœur : Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans ? Et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle ? » (v.17). Au sujet de l'interprétation de ce verset, les commentaires ne sont pas unanimes. Nous apprécions particulièrement l'analyse de Jean Calvin:

Et Abraham tomba sur sa face. C'était en signe, non seulement de sa révérence, mais aussi de sa foi. Car Abraham non seulement adore Dieu, mais en lui rendant grâce, il témoigne qu'il reçoit et embrasse ce qui a été promis concernant un fils. Nous en déduisons également qu'il a ri, non pas parce qu'il méprisait, ou considérait comme fabuleuse, ou rejetait la promesse de Dieu ; mais, comme il est courant de le faire dans les choses les moins attendues, en partie en exultant de joie, et en partie en étant porté au-delà de lui-même dans l'admiration, il se met à rire. Car je ne partage pas l'opinion de ceux qui pensent que ce rire n'était que le fruit de la joie ; mais je pense plutôt qu'Abraham était comme étonné, ce que confirme aussi son interrogatoire suivant : « Un enfant naîtra-t-il à celui qui a cent ans ? » Car s'il ne rejette pas comme vain ce qui a été dit par l'ange, il montre pourtant qu'il n'a pas été autrement affecté, que comme s'il avait reçu une nouvelle incroyable. La nouveauté de la chose le frappe tellement que, pour un court instant, il est confondu ; pourtant, il s'humilie devant Dieu, et, l'esprit confus, se prosternant sur la terre, il adore par la foi la puissance de Dieu. Car, pour que ce ne soit pas là le langage de celui qui doute, Paul, dans son épître aux Romains, est un témoin (4, 19) qui nie qu'Abraham ait considéré son corps maintenant mort, ou le ventre stérile de Sara, ou qu'il ait chancelé par incrédulité ; mais il déclare qu'il a cru en l'espérance contre l'espérance. Et ce que Moïse raconte, « qu'Abraham a dit en son cœur », je ne l'explique pas comme s'il l'avait conçu dans son esprit : mais comme beaucoup de choses nous volent contrairement à notre but, la pensée perplexe s'est soudain précipitée sur son esprit : "Quelle chose étrange que de voir un fils naître jusqu'à cent ans ! Cela semble cependant être pour certains une sorte de lutte entre la raison charnelle et la foi ; car bien qu'Abraham, se prosternant avec révérence devant Dieu, soumette son propre esprit à la parole divine, il est encore troublé par la nouveauté de l'affaire. Je réponds que cette admiration, qui n'a pas entravé le cours de la puissance de Dieu, n'était pas contraire à la foi ; non, la force de la foi brillait d'autant plus qu'elle avait surmonté un obstacle si ardu. Et donc il n'est pas réprimé pour avoir ri, comme Sarah l'est dans le chapitre suivant.[20]

Jean Calvin conserve donc l'idée qu'Abraham fut vraiment rempli de foi mais aussi d'une admiration particulière devant le grand plan de Dieu qui se déroulait sous ses yeux. Il est vrai que le Dieu qui parle à Abraham dans ce chapitre est El Shaddai le Tout-Puissant (17.1). Dieu accompli l'impossible aux regards des hommes. Il donne une descendance immense à ce couple qui toute sa vie fut limité par la stérilité de Saraï. « Et Abraham dit à Dieu : Oh! qu'Ismaël vive devant ta face! » (v.18) La demande d'Abraham pourrait s'expliquer de diverses manières, la première serait de dire qu'Abraham, ayant compris que naîtrait de Sara le fils promis, fut inquiet quant à l'avenir d'Ismaël puisqu'il n'était pas lui-même l'enfant de la promesse. Quel plan Dieu aurait-il pour cet enfant né, non de la volonté de Dieu mais de la chair ? Jean Calvin se distingue de cet avis en déclarant :

Certains pensent qu'Abraham a parlé ainsi, parce qu'il avait peur pour son premier-né. Mais il n'y a aucune raison de supposer qu'Abraham ait été frappé d'une telle crainte, comme si Dieu, en lui donnant un autre fils, lui enlevait le premier, ou comme si la dernière faveur devait absorber celle qui l'avait précédé. La réponse de Dieu, qui suit peu après, réfute cette interprétation. Ce que j'ai dit est plus certain, à savoir qu'Abraham a prié pour que la grâce de Dieu, à laquelle il a acquiescé, lui soit ratifiée et confirmée. D'ailleurs, sans réfléchir, il se lance dans ce vœu, alors que, pour la plus grande joie, il ne pouvait guère croire ce qu'il avait entendu de la bouche de Dieu. Vivre devant Jéhovah", c'est tout autant être préservé en toute sécurité sous sa protection ou être béni par lui. Abraham désire donc que le Seigneur préserve la vie qu'il a donnée à Ismaël.[21]

À cet égard, il n'est plus possible d'interpréter le texte sans appliquer le principe herméneutique dont nous avons parlé plus haut, celui de l'analogie de la foi qui réclame que nous accordions ce passage de l'Écriture avec le reste. Paul dans l'épître aux Galates donne une interprétation de ce texte qui fait autorité pour nous :

Dites-moi, vous qui voulez être sous la loi, n'entendez-vous point la loi ? Car il est écrit qu'Abraham eut deux fils, un de la femme esclave, et un de la femme libre. Mais celui de l'esclave naquit selon la chair, et celui de la femme libre naquit en vertu de la promesse. Ces choses sont allégoriques ; car ces femmes sont deux alliances. L'une du mont Sinaï, enfantant pour la servitude, c'est Agar, car Agar, c'est le mont Sinaï en Arabie, -et elle correspond à la Jérusalem actuelle, qui est dans la servitude avec ses enfants. Mais la Jérusalem d'en haut est libre, c'est notre mère ; car il est écrit: Réjouis-toi, stérile, toi qui n'enfantes point! Éclate et pousse des cris, toi qui n'as pas éprouvé les douleurs de l’enfantement ! Car les enfants de la délaissée seront plus nombreux Que les enfants de celle qui était mariée.  Pour vous, frères, comme Isaac, vous êtes enfants de la promesse ; et de même qu'alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l'Esprit, ainsi en est-il encore maintenant.  Mais que dit l'Écriture ? Chasse l'esclave et son fils, car le fils de l'esclave n'héritera pas avec le fils de la femme libre. C'est pourquoi, frères, nous ne sommes pas enfants de l'esclave, mais de la femme libre. (Galates 4.21-31)

Le texte de Paul est assez explicite et parle bien d'une naissance selon la chair d'une autre selon la promesse. Ce texte pousse la compréhension au-delà de ce que pouvaient imaginer les lecteurs sous l'Ancien Alliance en lisant notre texte. Agar et Sara deviennent les allégories de l'ancienne et de la nouvelle alliance. La première est esclave à cause du péché et de la punition que réclame la loi. L’autre est libre à cause de la grâce céleste venue de Dieu. Le descendant direct d'Isaac est l’auteur du salut pour tous types d’hommes en vertu de son sacrifie expiatoire comme le rapporte maintes fois ailleurs l’apôtre des païens. Le sensus plenior serait donc que notre texte parle au-delà des destinés individuelles des protagonistes et de leur lignée respective, de deux types de réalités spirituelles. Il n’est pas identique d’être un Fils « selon la chair » et un Fils « selon la promesse ». Il n’est pas identique de marcher par ses forces ou selon la foi. Il n’est identique d’être l’ainé persécuteur (v.29) « né selon la chair » ou le cadet innocent « né selon l'Esprit ». Mis en accord avec le récit de la ligature d’Isaac de Genèse 22, où Abraham prêt à commettre l’infanticide par obéissance à Dieu est déclaré juste, notre passage est de tout évidence une belle préfiguration du Christ. Christ est préfiguré par la figure d'Isaac le « Fils unique » et légitime d’Abraham (Gn 22.2) qui comme le Christ devait monter au calvaire, le bois sur le dos, pour son immolation. Finalement, le salut du monde était déjà en substance annoncé dans la promesse selon laquelle toutes les nations seraient bénies en Isaac, c’est-à-dire au travers Christ, son descendant. La foi en Jésus et en son œuvre de rédemption devient alors le critère par lequel on devient enfant d'Abraham (Jean 8.42). Le peuple de Dieu saisit la promesse par la foi et non en vertu de l’obéissance à la loi. (Ga 3.7)

Il devient alors paradigmatique de distinguer les catégories suivantes :

1) Liberté, grâce, sacrifice d’expiation et limitation des vertus rédemptrices de la loi dans la lignée d’Isaac.

2) Esclavage, condamnation, absence de sacrifice d’expiation et légalisme dans la lignée d’Ismaël.

À ce titre, la distinction entre le christianisme et l’Islam est caractéristique d’une telle opposition. En effet, l’Islam dénie aux croyants le statut de fils de Dieu et à Dieu d’être Père (Sourate 9.30 ; 112) être muslim, c’est être « soumis » selon l’étymologie, mais dans une crainte que Luther à la suite d’Augustin[22] aurait dite « servile » plus que « filiale ». Au sujet du sacrifice d’Isaac la distinction est toute aussi nette, car Ismaël est préféré pour l’exégèse musulmane[23], mais aussi parce que le sacrifice expiratoire de Christ est traditionnellement rejeté dans l’islam (Sourate 4.157). Le légalisme enfin, ou plus encore le « synergisme sotériologique » au travers la comptabilisation des bonnes actions (hassanate) est la caractéristique distinctive de l’islam qui s’oppose au sola fide des textes pauliniens.

Un débat récurrent est de savoir si Ismaël fait partie de l'alliance que Dieu a passé avec son père Abraham. Ce débat est notamment focalisé sur la question de la circoncision puisque Dieu, quelques versets avant notre texte, demande à Abraham de circoncire tout ceux qui vivent dans sa maison, les étrangers compris. Il nous semble tout à fait logique de soutenir que cette alliance ne concerne pas spécifiquement Ismaël mais au travers Abraham son Père, tous ceux qui sont sous son autorité. Ismaël est donc concerné par le signe de cette alliance abrahamique comme tout membre de sa maison sans être pour autant la courroie de transmission de l’alliance dans les générations future, ou alors il faudrait en dire de même de n’importe quel autre homme circoncis de la maison d’Abraham. Si l’on perd de vue la réalisation des promesses en Christ, alors ce type de conclusion est aisée, mais si nous tenons que la lignée d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est la lignée choisie en vertu de Jésus-Christ, alors nous évitons les conclusions hasardeuses. Cet élargissement du champ à « toute la maison » préfigure encore l'identité d’un peuple d’Israël élargit, fait « d'Israélites selon la chair » (1 Cor 10 :18) c’est dire du « reste fidèle selon l'élection de la grâce » (Rm 11.5), et de païens greffés par l'effet d'une grâce semblable (Rm 11.17). Mais il faut noter que jamais chez Paul en Romains 11, l’olivier n’est déraciné, seuls les branches le peuvent. L’alliance solide que Dieu a passé avec la lignée d’Isaac ne permet nullement une théologie de la substitution mais plutôt une théologie de l’accomplissement en Christ pour toute les nations[24]. Nulle part, le texte de la Genèse n'explique qu’Ismaël sois le récipiendaire spécifique de l'Alliance de Dieu, une lignée de substitution, bien au contraire. Tous ceux qui se réclame de sa filiation doivent professer Jésus-Christ comme Seigneur et sauveur pour être au bénéfice de « l’alliance de rédemption finale [25]» scellée par son sang (1 Pi 1.19 ; Ep 2.13). Ismaël reçoit donc le signe de l'Alliance que Dieu passe avec Abraham, mais Dieu n'établit après lui son alliance qu'au travers Isaac. L'oublie d'Ismaël par Étienne nous conforte dans cette lecture :

"Puis Dieu donna à Abraham l'alliance de la circoncision ; et ainsi, Abraham, ayant engendré Isaac, le circoncit le huitième jour ; Isaac engendra et circoncit Jacob, et Jacob les douze patriarches. (Acte 7.8)

Il est d'ailleurs assez étonnant de voir que Dieu ne répond pas immédiatement à la demande d'Abraham au sujet d'Ismaël. « Dieu dit : Certainement Sara, ta femme, t'enfantera un fils ; et tu l'appelleras du nom d'Isaac. J'établirai mon alliance avec lui comme une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui. » (v 19) Ce texte établit clairement la volonté de Dieu de donner à Abraham un fils venant de Sara par lequel il établirait son alliance perpétuelle pour les générations après lui. Il n'est pas concevable d'imaginer que cette parole puisse s’appliquer à la descendance d’Ismaël selon la chair. Dieu répond à Abraham qui l’interroge au sujet d'Ismaël et lui donne des prescriptions concernant Isaac. Abram est focalisé sur le fils qu'il a eu à travers sa servante Agar, ce fils bien réel et tant attendu auquel il s'accroche évidemment. Dieu lui, est focalisé sur le fils à venir qu'Abraham ne peut encore serrer dans ses bras et qui pourtant allait accomplir les promesses de Dieu. Tout le Tanakh rappelle la promesse de bénédiction universelle allant de descendant en descendant jusqu’au Christ (Gn 23.3 ; 28.4 ; Jr 4.2 ; 23.5-6 ; 33.25-26). Ce n'est qu'en seconde instance que Dieu répond à la question d'Abraham à propos d'Ismaël. L’agencement littéraire du récit, que nous croyons historique, donne la priorité à Isaac. Dieu parle par l’œuvre de Moïse, double agence. « A l'égard d'Ismaël, je t'ai exaucé. Voici, je le bénirai, je le rendrai fécond, et je le multiplierai à l'infini ; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation. » À première vue ce texte semble dire que si Ismaël vit c'est que Dieu à exaucé la prière d’Abraham. Toutefois, le chapitre 16 nous apprend que Dieu avait déjà informé Agar que son fils vivrait. Il devait être « comme un âne sauvage sa main sera contre tous et la main de tous sera contre lui et elle habitera en face de tous ses frères ». Ici encore, l’apologétique musulmane insiste sur le traitement spécifique que Dieu accorde à Ismaël et à Isaac pour soutenir leur égale légitimité à recevoir une alliance. La ressemblance des noms, « Ismaël » et plus tard « Israël » a même été évoquée par l’apologétique musulmane pour appuyer le parallélisme en question. La visite d’un ange pour chacun des deux enfants est aussi employée pour souligner la faveur particulière sur Ismaël au même titre qu’Israël. Or, Dieu semble plutôt insister sur la différence et sur le statut d’Ismaël en opposition à tous ses frères. Nous avons aussi montré que la symétrie n’est pas dans le livre de la Genèse tout à fait synonyme d’égalité puisque la persécution de l’ainé par le cadet est plutôt mise en avant. Rien d’aussi net entre Ismaël et Isaac, qui ensemble enterreront leur père, ne se compare au drame de Caïn et Abel, mais une tension évidente est là à cause du mépris d’Agar pour Sara atteinte de stérilité (Gn 16.4) et du comportement moqueur d’Ismaël (Gn 21.9) à l’égard de Sara enceinte dans sa vieillesse. (Gn 21.9) Il n’est pas son fils, elle n’est pas sa mère.

Au sujet de Genèse 17. 20 et des usages fantasques de la guématria il est facile de tomber dans le ridicule et la manipulation en s’éloignant d’une herméneutique sérieuse. En jouant sur les valeurs, l’on peut faire dire à la bible ce que l’on souhaite. Si 92 = Moahmed = Grande Nation = énormément, alors que devons-nous pensez des valeurs de psaumes (zabur) 32.7 où 'elohim = 92 ? Que dire quand la mention « comme Yabin » psaumes 83.10 a aussi pour valeur 92 ? Faut-il conclure que la bible qui annoncerait Mohamed en Genèse 17.10 nous apprend aussi qu’il se prend pour Dieu ou alors qu’il sert les faux dieux mentionnés dans le psaume 92 ? Faut-il l’associé à Yabin l’ennemi de Dieu du psaume 83 où est décrite l’alliance des arabes avec d’autre peuples contre Dieu ? Faut-il pousser encore le raisonnement ? Car la gématrianous apprends que le méchant (‘רשע) d'Esaïe 11.4 qui est « l'impie » repris dans 2 Thessaloniciens 2.8 par Paul, c'est à dire l'antéchrist, a pour numéro guématique 570[26]. Serait-ce une façon de nous avertir de la naissance de Mohammed (né en 570) comme celle d’un méchant ennemi de Dieu ou de l’antéchrist ? Dans de telles conditions, nul besoin de nier la venue de Mohammed en Gn 17.20 si la même la guématria nous prépare à le recevoir comme adorateur d’un faux dieu et comme antéchrist que le messie détruira. C’est évidemment une démonstration a but pédagogique pour montrer la faiblesse de l’argument islamique et non une affirmation de notre méthode exégétique. De ces interprétations obscures et ésotériques, nous ne pouvons que nous extraire avec grande facilité pour voir ce qui dans le texte est claire comme de l’eau de roche. Voici les dernières paroles du Seigneur à Abraham dans cette section qui se passent de commentaire :

« J'établirai mon alliance avec Isaac, que Sara t'enfantera à cette époque-ci de l'année prochaine. » (v.21).

Finalement notre texte termine sur une suite d’actions à forte valeur symbolique. Celle de Dieu d’abord :

« Lorsqu'il eut achevé de lui parler, Dieu s'éleva au-dessus d'Abraham. » (v.22)

Pour ne pas allonger le propos nous n’entrerons pas en détail dans le thème de la « corporéité de Dieu » mais nous faisons remarquer que nos interlocuteurs musulmans nous demandent de nous justifier sur la doctrine de l’incarnation en proclamant qu’aucun juif n’a jamais défendu une telle folie. Ici, « Dieu s'éleva (וַיַּ֣עַל) au-dessus d'Abraham » comme s’il était question d’une entité situable géographiquement. La réalité est qu’au contraire, les juifs et les rabbins ont produit une abondante littérature pour discuter de la corporéité de Dieu qui certes « est Esprit » (Jean 4.24) mais qui « fait tout ce qu’il veut dans les cieux et sur la terre » (Ps 135.6). Non que Dieu ait un corps, mais il se donne comme véhicule ce qui lui plait. Nous signalons à ce titre l’excellente contribution du Rabbin Rivon Krygier dans la conférence intitulée « La corporéité divine » ou « incorporation, monisme et pluripersonnalisme de Dieu » qu’il donna au Département Judaïsme et Christianisme du collège des Bernardins.[27]

À la fin de l’échange avec Dieu, Abraham s’exécute au sujet de la circoncision qu’il s’inflige à lui-même comme à Ismaël déjà âgé de 13 ans ainsi qu’à « tous les gens de sa maison, nés dans sa maison, ou acquis à prix d'argent ». Nous finirons simplement par relever le courage et la grande obéissance de cet homme de grand âge à marquer dans sa chair le signe de l’alliance.

Abraham prit Ismaël, son fils, tous ceux qui étaient nés dans sa maison et tous ceux qu'il avait acquis à prix d'argent, tous les mâles parmi les gens de la maison d'Abraham ; et il les circoncit ce même jour, selon l'ordre que Dieu lui avait donné. Abraham était âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, lorsqu'il fut circoncis. Ismaël, son fils, était âgé de treize ans lorsqu'il fut circoncis. Ce même jour, Abraham fut circoncis, ainsi qu'Ismaël, son fils. Et tous les gens de sa maison, nés dans sa maison, ou acquis à prix d'argent des étrangers, furent circoncis avec lui. (v.23-26)

L’exemple d’Abraham nous pousse donc à aller au-delà d’une foi d’adhésion vers une foi d’action et d’obéissance, a commencé par le baptême.


CONCLURE AVEC L’HERMENEUTIQUE DU CHRIST


Nous avons découvert que le Christ était présenté potentiellement à travers la lignée d’Isaac qui devait réaliser les promesses annoncées dans le protévangile de Genèse 3.15. Le grand-angle nous a permis de considérer le métarécit, plaçant notre texte comme un temps fort de l’alliance de rédemption dont le signe distinctif, ou plutôt le moyen privilégié, fut inlassablment le versement du sang. Pour nous autres chrétiens, la perspective est phénoménale ! L’apôtre Pierre nous apprend que Christ était présent, plus que potentiellement, à chaque étape de la révélation prophétique : 

Les prophètes, qui ont prophétisé touchant la grâce qui vous était réservée, ont fait de ce salut l'objet de leurs recherches et de leurs investigations, voulant sonder l'époque et les circonstances marquées par l'Esprit de Christ qui était en eux, et qui attestait d'avance les souffrances de Christ et la gloire dont elles seraient suivies. 

Et nous savons que le Messie a conclu l’alliance par son sang. Les Juifs du temps de Jésus, en particulier Marie sa mère, savaient bien que la naissance du messie était l’accomplissement de la promesse faite à Abraham. (Luc 1.54-55 voir 1.71-73) et les évangélistes ne s’y trompent pas : « Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham. » (Mt 1.1). Jésus va jusqu’à défier les pharisiens qui ne comprennent pas que la réalisation de la promesse est sous leurs yeux :

Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu'il verrait mon jour : il l'a vu, et il s'est réjoui.  Les Juifs lui dirent : Tu n'as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham !  Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis (ego eimi). 

Jésus, Fils de David (issu de Juda et donc d’Isaac) est la réalisation de la promesse ! Mais plus que ça Jésus « est » comme Dieu « est » en Exode 3.14, subsistance de l’être dans un présent éternel qui ne saurait relever de sa seule humanité. Ego eimi o on dit la LXX ! La préexistence du messie est un thème abondamment référencé dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament (Pv 8.1 ; Mi 5.1-4 ; Es 48.13-16 ; Ps 45.7-8 ; 110.1 ; Mt 4.46 ; Jean 11 ; 1.14 ; 1.18 ; Jn 17.5 ; Hé 1.1-3 ; Phi 2:5-7) et nous devons conclure que la promesse faite à Abraham s’accomplit dans le « principe Emmanuel », « Dieu avec nous » qui est le nom du Christ (Mt 1.23) et qui représente un « thème unifiant de l’alliance divine [28]» depuis Abraham (Genèse 17.7) en passant par Moïse (Ex 6.7, 19.5-6 ; Lv I 1.45) et David (2 R 11.17 ; 2 Ch 23.16). Il devient clairement messianique avec les annonces prophétiques d’Ézéchiel (Ez 34.24) de Zacharie (Za 2.15) ou d’Esaïe (7.14). Ce thème nous dit Owen Palmer Robertson, se centralise dans la figure messianique de David, tout en élargissant plus explicitement la promesse aux païens.

À l’opposé de cette lignée, Jésus n’a dans l’évangile pas une seule parole pour Ismaël ou pour Agar sa mère, alors qu’il prolonge cinq fois le thème de la lignée d’Isaac. (Mt 8.11 ; 22.32 ; Mc 12.26 ; Luc 13. 28 ;20.37). Le texte de Luc 20.37 mis en accord avec le ego eimi de Jean 8.58 nous pousse à déclarer que le Dieu que Moïse a vu au buisson, « le Seigneur le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob » est le Christ lui-même tant de fois représenté sous les traits de l’ange de l’Éternel se confondant avec Dieu[29]. Jésus donne le ton. 18 fois Isaac est nommément mentionné dans le Nouveau Testament, mais Ismaël pas une. L’avenir ne parle pas de leurs descendants car tout l’avenir est en Christ en qui toutes les nations de la terre sont bénies. Tel est l’Évangile ! Ceci nous pousse à professer que la chair et le sang du croyant ne sont pas ce qui donne aux juifs ou au païens un statut de Fils ou d’esclave du très hauts, d’héritiers ou d’exclus de la promesse. Nous disons plutôt que mortification de la chair et le versement du sang du Fils unique et éternel a été le prix de notre adoption spirituelle. Le principe ne peut s’appliquer que par la foi, elle qui fut au-delà des épreuves la marque distinctive d’Abraham et de Sara (Hébreux 11.8-12). La foi d’Abraham visait la promesse d’un Fils unique qui tardait à venir mais aussi la nécessité folle du sacrifice de ce fils une fois venu.  Ainsi, en tout, Christ fut préfiguré.

Car tous ceux qui descendent d'Israël ne sont pas Israël, et, pour être la postérité d'Abraham, ils ne sont pas tous ses enfants ; mais il est dit : En Isaac sera nommée pour toi une postérité, c'est-à-dire que ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais que ce sont les enfants de la promesse qui sont regardés comme la postérité. (Romains 9.6-8)

Apologétiquement, les prétentions de l’Islam bâties sur de bancals arguments tombent. Homilétiquement, le prédicateur ne saurait détacher son regard du Christ en qui toutes les promesses sont oui et amen (2 Cor 1.20). Pratiquement, le chrétien d’ascendance juive ou païenne devient la preuve vivante de l’accomplissement de la promesse et donc un témoin envoyé en mission dans le monde pour le dire. Soli deo gloria !

BIBLIOGRAPHIE

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DJABALLAH Amar, Herméneutique de la Bible, Interprétation du texte, compréhension du sens, changement de vie des lecteurs, Le texte, son auteur, ses lecteurs et les effets transformateurs de l’interprétation, 2010.

FEE Gordon, STUART Douglas, Un Nouveau Regard sur la Bible, Un guide pour comprendre la Bible. Éditions VIDA, 1990, 244p.

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MacARTHUR John, La Sainte Bible avec commentaires de John MacArthur, Genèse 17.15 Genève : Société biblique de Genève, 2006, 2302p.

PALMER ROBERTSON, Owen, Le Christ des alliances, Publications de la FTÉ, Montréal, 2011, 155p.

SANDER, Matthieu, Introduction à l’herméneutique biblique, Edifac 256p.


Bibliographie numérique (par ordre d’apparition)

Débat : "Qui est le sauveur de l’humanité Jésus ou Muhammad" Débat (7 avril 2018) :

https://www.youtube.com/watch?v=gaxMI0pelXg&feature=youtu.be&fbclid=IwAR1ze98gCkuyYRo9vCL4Kt-uMyztSl965w4Tmh4DkH251ufDCl-XrqMjM3c

Tableau guématrique du nom « Mohammed » :

https://www.zupimages.net/up/18/14/i8uh.png

Bible guematria database Genèse 17.20 :

https://www.biblewheel.com/GR/GR_Database.php?bnum=1&cnum=17&vnum=20&getverse=Go

Bible guématria database Esaïe 11.4 :

https://www.biblewheel.com/GR/GR_Database.php?qere=0&bnum=23&cnum=11&vnum=4&getverse=Go

Coran Sourate 37:

https://www.le-coran.com/coran-francais-sourate-37-0.html

JOSEPH Flavius, Antiquité Judaïques en ligne :

http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/juda1.htm

Rivon Krygier « La corporéité divine » ou « incorporation, monisme et pluripersonnalisme de Dieu » Département Judaïsme et Christianisme, Collège des Bernardins :

https://media.collegedesbernardins.fr/content/pdf/Recherche/5/recherche-2012-2013/2013_12_19_CR_Mystique.pdf

[1] Comme le dit Amar Djaballah : « Si nous voulons être responsables, nous ne pouvons pas interpréter à notre gré ; nous sommes appelés à développer une herméneutique (donc un travail conscient, réfléchi, cohérent et suivi) et à rendre compte des choix que nous faisons ; donc, non seulement faire de l’herméneutique, mais une herméneutique soucieuse de ses responsabilités éthiques. A nouveau, la dimension d’alliance qui lie ici l’auteur (le Dieu créateur et Rédempteur) et se lecteurs (ses créatures et ses rachetés en Christ, Logos éternel et Fils incarné) accentue la dimension éthique de l’herméneutique : les réalités qu’il s’agit de comprendre dans notre interprétation de la Bible ont des implications de vie et de mort, pour l’éternité. » Amar DJABALLAH, Herméneutique de la Bible, Interprétation du texte, compréhension du sens, changement de vie des lecteurs, Le texte, son auteur, ses lecteurs et les effets transformateurs de l’interprétation, 2010, partie 2.p.9. (Polycopié du cours) [2] Amar DJABALLAH, op.cit., 2.p.25. [3] Ibid., p.62. [4] Ibid., p.62. [5] « Longtemps la théorie documentaire, notamment dans sa version développée par Von Rad, a exercé une influence considérable et presque exclusive dans les cercles exégétiques historico-critique – même si certaines ambiguïtés faisaient débat, notamment concernant la réalité historique de la source élohiste (E). Au milieu des années 1970, une vague de contestation académique vint ébranler le consensus historico-critique à propos de la théorie documentaire. Trois ouvrages rédigés respectivement par John Van Seters, Hans Heinrich Chmidt, Rolf Rendtorff apportèrent une contestation radicale de la théorie documentaire qui fut suivi par d'autres auteurs. » Dans Matthieu SANDER, Introduction à l’herméneutique biblique, Edifac p.11. [6] William LaSor définis le sensus plenior ainsi : « Si j'ai raison de définir la prophétie biblique comme la révélation d'une partie du plan rédempteur de Dieu dans sa relation à une situation particulière, alors ce passage de l'Écriture possède une plénitude potentiel ; cette situation est, d'une certaine façon, liée de façon organique au projet de Dieu, et la plénitude de sens peut-être découverte en cherchant à mettre en lien la situation et la prophétie avec le plan divin plus large de la rédemption. Ce sens approfondi est le sensus plenior du passage. Dans un sens, il se trouve en dehors et au-delà de la situation du prophète, et ne peut donc pas être discerné par une exégèse grammatico-historique. Cependant, d’une autre manière, il se situe dans l'histoire de la rédemption et peut donc être contrôlé par les paramètres de l'étude de l'Écriture dans sa totalité. » (William LaSor, Prophecy, « Inspiration and sensus plénior », Tyndale Bulletin 29, 1978, p.49-60 cité par Matthieu SANDER, Introduction à l’herméneutique biblique, Edifac p.91. [7] Gordon FEE, Douglas STUART, Un Nouveau Regard sur la Bible, Un guide pour comprendre la Bible, Éditions VIDA, 1990, 244p. [8] Owen PALMER ROBERTSON, Le Christ des alliances, Publications de la FTÉ, 2011, p.53. [9] Ibid., p.53. [10] Ibid., p.53. [11] Ibid., p.53. [12] Henri Blocher déclare : « Plusieurs passages laissent entendre un descendant…décisif. Genèse 3.15 mérite son nom de "Protévangile " et nous nous nous réjouissons de lire sous la plume d’E.Jacob : "Nous pensons qu’il y a dans ce texte l’annonce du salut final de l’homme et par conséquent un " messianisme" qui déborde le cadre national. " » dans, Henri BLOCHER, La doctrine du Christ, Édifac, 2002, p.36. [13] Owen PALMER ROBERTSON.op.cit., p.53. [14] Ibid., p.53. [15] Ibn Kathîr explique dans son célèbre commentaire : « Jésus constata qu'il n'y avait aucun moyen pour s'évader. Il dit à ses compagnons : « Qui donc parmi vous accepte de prendre mes traits (pour qu'il soit à sa place) et sera avec moi au Paradis ?» Un homme se leva et se porta volontaire. Comme cet homme était encore jeune, Jésus réitéra sa question deux ou trois fois et nul autre que ce jeune homme ne se portât volontaire. II lui dit à la fin : « Soit ». Dieu alors donna à cet homme les traits de Jésus de sorte qu'on disait que c'est le Christ lui-même. Dans le toit de la maison une lucarne fut ouverte d'où Dieu éleva Jésus vers lui à l'état de l'assoupissement, comme iI le montre dans ce verset : « Allah dit alors à Jésus : "C'est Moi qui mettrai fin à ta mission et te rappellerai à Moi."» [Coran II, 55). Jésus fut alors élevé au ciel et ses compagnons sortirent de la maison, Les hommes qui entouraient la maison, voyant le ressemblant de Jésus, le prirent la nuit, le crucifièrent et mirent sur sa tête une couronne d’épine. [16]https://www.youtube.com/watch?v=gaxMI0pelXg&feature=youtu.be&fbclid=IwAR1ze98gCkuyYRo9vCL4Kt-uMyztSl965w4Tmh4DkH251ufDCl-XrqMjM3c [17] Voir le détail proposer par le Collectif al Haniffiya ici https://www.zupimages.net/up/18/14/i8uh.png ou encore en ligne avec des additions telles : לגוי (49)+ גדול(43) = 92 https://www.biblewheel.com/GR/GR_Database.php?bnum=1&cnum=17&vnum=20&getverse=Go [18] A propos de cette coalisation Flavius Joseph écrit « Dans le même temps, il subit une attaque de la part des Moabites et des Ammanites, qui avaient entraîné avec eux une grande partie des Arabes » (ANTIQUITES JUDAÏQUES Livre IX, 2) [19] La Sainte Bible avec commentaires de John MacArthur, Genèse 17.15 Genève : Société biblique de Genève, 2006, p.74. [20] Jean CALVIN, John KING, Commentary on the First Book of Moses Called Genesis, Bellingham, 2010, VoI.1, p.459-460. [21] Jean CALVIN, John KING, op.cit.,p.461. [22] Guillaume CUCHET, Jean Delumeau, historien de la peur et du péché, Historiographie, religion et société dans le dernier tiers du 20e siècle, Vingtième Siècle, Revue d'histoire 2010/3 (n° 107), pages 147. [23] La mention d’Ismaël entre parenthèse à la Sourate 37.102, absent du texte arabe, dans les versions françaises du Coran sont significatives de cette préférence. Ismaël n’est jamais mentionné dans le Coran lorsqu’il s’agit de la bonne annonce d’un Fils qui lui est faite en promesse par Allah. https://www.le-coran.com/coran-francais-sourate-37-0.html [24] Voir notre article qui traite notamment de la théologie de la substituions et du Vérus Israël : https://www.remigomez.com/post/le-retour-de-nombreux-juifs-en-palestine-au-xxe-siècle-peut-il-être-vu-comme-un-signe-des-temps. (Site en construction et non diffusé mais consultable) [25] Owen PALMER ROBERTSON, op.cit, p.53. [26]https://www.biblewheel.com/GR/GR_Database.php?qere=0&bnum=23&cnum=11&vnum=4&getverse=Go [27]https://media.collegedesbernardins.fr/content/pdf/Recherche/5/recherche-2012-2013/2013_12_19_CR_Mystique.pdf [28]Owen PALMER ROBERTSON, op.cit., p.41. [29]Ange de l’Éternel : Gn. 16.7, 9, 10, 11 ; 22.11, 15 ; 24.7 ; 24.40 ; Ex 3.2 ; Nb. 20.16 ; 22.22, 23, 24, 25, 26, 27, 31, 32, 34, 35 ; Jg 5.23 ; 6.11, 12, 21, 22 ; 13.3, 13, 15, 16, 17, 18, 20, 21 ; 2 Sa. 24.16, 17 ; 1 R 19:7 ; 2 R 1.3, 15 ; 2 R 19.35 ; 1 Ch. 21.12, 15, 16, 18, 27, 30 ; 2 Ch. 32.21 ; Ps 34.8 ; 35.5,6 ; Es 37.36 ; Za 1.11, 12, 13, 14 ; 3.1, 5, 6 ; 12.8.